Incendie du 24 mars 1999 : dix ans après, ce qui a changé

 

Depuis la réouverture de l'ouvrage en 2002, il assiste régulièrement aux exercices de sécurité. «Aujourd'hui, en moins de deux minutes, les secours sont sur place en cas de feu» assure ce témoin privilégié.

L'incendie, 39 fois meurtrier, a marqué une rupture dans la façon d'envisager la circulation en tunnel. Au Mont-Blanc, il y a d'abord l'équipement du tube, rénové à grands frais pour 400 M€, avec des capacités de désenfumage, d'information et d'évacuation des usagers sans commune mesure avec l'avant drame. Il y a aussi de nouveaux moyens d'intervention et d'anticipation pour les services de secours qui, dès avant 1999, tiraient la sonnette d'alarme. Simulateur et groupe d'exploration longue durée ont été créés un peu partout en France au gré du retour d'expérience de différents incendies en milieu confiné. Richard Vignon, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, l'affirme : «Depuis, de nombreux tunnels ont été diagnostiqués et l'avis des pompiers a été pris en compte. Mais il a fallu attendre cette catastrophe pour qu'on puisse faire entendre notre point de vue».

Ce qui a changé aussi, c'est le comportement des usagers. Une vitesse strictement contrôlée (70 km/h) et une interdistance demandée de 150 m. Dans les six mois qui ont suivi la réouverture du tunnel du Mont-Blanc, les équipes binationales de police ont verbalisé quelque 30 000 usagers ! Bref, désormais, on ne roule plus pareil dans un tunnel truffé de radars.
Les tunnels parisiens et le Fréjus classés dangereux

Au Mont-Blanc, désormais, le trafic est moins dense. Selon le GEIE, qui exploite le tunnel, par rapport à 1998, le flux des poids lourds a enregistré une chute de 25 %. Et une probabilité d'accident proportionnellement moindre. Car encore aujourd'hui, «l'incendie de poids lourd est l'événement le plus redouté en tunnel», relève le Centre d'études des tunnels (Cetu).

Depuis 1999, c'est l'ensemble des tunnels européens qui ont fait l'objet d'une remise en cause. La circulaire interministérielle d'août 2000, puis la directive européenne de 2004, ont exigé la mise aux normes de 200 tunnels français de plus de 300 m. «Au Mont-Blanc, on va au-delà des préconisations» insiste Pierre Vicedo. Le tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines (Vosges) a été fermé plusieurs années pour mise aux normes et l'ouverture de celui du Somport (Pyrénées) retardée. La législation sur la sécurité des ouvrages a été nettement renforcée (lire ci-dessous) mais il reste encore plusieurs années de travaux pour nombre d'entre eux.

«Un retard considérable a été pris» regrette André Denis. Dans un livre paru récemment (*), le journaliste Philippe Fourny dresse un inventaire de 42 tunnels qui sont encore de véritables pièges mortels en cas d'accident. Quasiment dépourvus d'issues de secours. Il cite les tunnels franciliens, très fréquentés et dont les travaux débutent à peine. Le chantier du tunnel sous la Défense, le plus long d'Île-de-France avec ses 4,1 km, devra durer six ans. «À peine 40 % des budgets votés par l'Etat ont été à ce jour utilisés» déplore Fourny.

Dans notre région, c'est le Fréjus qui est le plus préoccupant. Les refuges sont espacés de 1 700 m et les travaux de construction de la galerie de sécurité, qui devaient commencer début 2009, sont finalement prévus d'ici à la fin de l'année, pour une mise aux normes qui ne sera pas achevée avant 2014.
«Malgré tout, un tunnel reste toujours un espace particulier de circulation dans lequel le risque zéro ne peut exister» indique André Denis. Et si l'association des familles, dix ans après, devrait poursuivre son action, c'est justement pour continuer son rôle de vigie et de prévention, tant que tous les tunnels ne seront pas sûrs.

(*) "L'incendie du tunnel du Mont-Blanc, chronique d'une catastrophe annoncée", Ph. Fourny, Éditions du Mécène. L'auteur sera mardi, à 17h, à la librairie Landru de Chamonix.

LES JALONS DE DIX ANS DE LUTTE
-24 mars 1999, l'incendie fait 39 morts.
-20 avril 1999, consitution de l'association.
-15 mars 2000, André Denis et les familles manifestent à l'Élysée pour plus de moyens judiciaires.
-29 septembre 2001, inauguration du mémorial sur la rampe d'accès au tunnel.
-8 mars 2002, réouverture du tunnel du Mont-Blanc.
-31 janvier 2005, trois mois de procès au tribunal de Bonneville et indemnisation des familles.
-14 juin 2007, procès en appel à Chambéry.
-2008, le temps du pardon lors de la cérémonie anniversaire.
-2009, dixième anniversaire, en présence du secrétaire d'État aux Transports.

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